À Lagos, commander une course sur les applications de transport à la demande est devenu un parcours du combattant. Depuis le départ d'Uber en septembre dernier, la demande a du mal à être satisfaite par les applications restantes. D’autant plus lorsque les chauffeurs entament des grèves pour revendiquer l’amélioration de leurs conditions de travail. Ils réclament une baisse des commissions pour encaisser la flambée du carburant. De notre correspondante à Lagos, « Aucun chauffeur n’est disponible pour le moment. » Voici le message que les habitants de Lagos voient désormais fréquemment apparaître sur leurs téléphones lorsqu’ils tentent de commander une voiture sur les applications de transport en ligne. Vivian travaille sur ces plateformes depuis quelques mois seulement et elle a remarqué le changement : « Dès que vous êtes connecté, les demandes arrivent sans arrêt, contrairement à avant, regrette-t-elle. Mais les chauffeurs prennent plus de temps à venir. Parfois, les clients se plaignent qu’ils n’obtiennent pas de course dans un délai raisonnable. Maintenant, ça peut prendre 15 ou 20 minutes. » Selon les chiffres du syndicat des transporteurs en ligne, 50 000 conducteurs étaient actifs sur les applications de transport à la demande au Nigeria. Mais après le départ d’Uber, certains ont attendu plusieurs semaines avant que leur candidature sur les autres applications ne soit acceptée. Cela a engendré une baisse considérable de leurs revenus. Bolade, 14 ans d’expérience en tant que chauffeur, est passé sur inDrive, une application où le prix de la course se négocie entre le client et le chauffeur. « Le travail n’est plus comme avant. Tout a changé, déplore-t-il. Nous avons perdu des clients. Beaucoup de clients. Je ne peux pas dire combien je gagnais exactement avec Uber, mais aujourd’hui, ça n’a rien à voir. » À lire aussiAprès douze ans de présence, Uber quitte le Nigeria et l’Ouganda Départ de Moove... après Uber Comme les autres chauffeurs, Bolade a reçu 40 000 nairas de compensation, soit 26 €. L’entreprise nigériane Moove, qui louait avec option de rachat des véhicules aux chauffeurs Uber, a également annoncé quitter le marché nigérian, offrant à ces derniers les voitures mises à disposition. Un cadeau estimé à 26 millions de dollars. Pour autant, les transporteurs continuent de réclamer un effort aux plateformes avec lesquelles ils collaborent, notamment en organisant des grèves à Lagos, comme la semaine dernière. « Les chauffeurs réclament que les compagnies de mise en relation réduisent leurs commissions et augmentent les prix des courses pour les clients, explique Ayoade Ibrahim, le secrétaire général de l’Union des transporteurs sur application du Nigeria. Ils devraient pouvoir exploiter le mécanisme des prix. C’est pour ces raisons que nous nous mettons en grève, pour augmenter les revenus des chauffeurs. » D’après le syndicat, des négociations sont en cours avec Bolt. Mais les transporteurs reprochent toujours aux applications de ne pas suffisamment répercuter l’augmentation de plus de 60 % du litre de carburant depuis le début de la guerre en Iran. À écouter dans Appels sur l'actualitéUber : pourquoi la plateforme quitte-t-elle progressivement l’Afrique?