Dafroza Gauthier, militante franco-rwandaise, est morte à Reims des suites d'un cancer à l'âge de 72 ans, ce samedi 3 octobre 2026. Elle aura passé près de 30 ans à poursuivre les responsables du génocide des Tutsis au Rwanda. Publié le : 04/10/2026 - 06:02Modifié le : 04/10/2026 - 11:16 3 min Temps de lecture Dafroza Gauthier était la fondatrice du Collectif des parties civiles pour le Rwanda. Avec son mari Alain, elle a consacré la moitié de sa vie à traquer les auteurs présumés du massacre des Tutsi en 1994, ce qui leur vaudra d'être surnommés « les Klarsfeld du Rwanda ». « Mes pensées vont à mes enfants et petits-enfants enfants mais aussi à tous ceux que le génocide des Tutsi a fracassés, aux victimes pour lesquelles Dafroza a consacré sa vie, a déclaré Alain Gauthier. Je voudrais remercier tous ceux qui disent que Dafroza est une grande dame qui a changé quelque chose dans leur vie. » Dafroza Mukarumongi voit le jour le 4 août 1954 à Butare, dans le sud du Rwanda, dans une famille d’éleveurs tutsi. Très jeune, elle connait la violence contre son ethnie. À la fin de l’année 1960, son instituteur est décapité. Dans la foulée, sa maison est brûlée et les biens de sa famille pillés. En 1973, face aux menaces qui pèsent sur elles, sa mère décide de l'envoyer avec sa sœur vers le Burundi pour mettre ses filles à l'abri. Une vie qui bascule en 1994 La jeune Rwandaise arrive en France en 1973 où elle retrouve Alain Gauthier, rencontré trois ans plus tôt à Butare où il enseignait le français comme coopérant. Ils se marient en 1977. Depuis plus de 30 ans, tous deux ont enquêté bénévolement au nom des victimes, des rescapés et pour une « justice réparatrice », après que leur vie personnelle a basculé en 1994. Fin février 1994, Dafroza se rend à Kigali pour voir sa famille. La tension est déjà à son comble, des miliciens hutu postés dans la capitale rwandaise et Dafroza « très inquiète ». À lire aussiGénocide des Tutsis au Rwanda: le récit d'un rescapé au coeur du procès de Claude Muhayimana à Paris Sa mère lui demande de se sauver pour retrouver ses jeunes enfants en France. Dafroza ne parvient pas à faire partir sa famille, qu'elle ne reverra jamais, avait-elle raconté à l'AFP, son visage toujours rongé d'une douleur aiguë 30 ans après. « La justice, pas la vengeance » Sa mère sera abattue par balles le 8 avril 1994 dans une paroisse où elle s'était réfugiée. « Oncles, neveux, cousins... » seront également exterminés. Entre « 70 et 80 personnes » mourront, souffle Dafroza, toute sa famille du côté maternel. « C'est un vertige et un gouffre... tous ces morts qui nous habitent ». Dafroza Gauthier répétait régulièrement qu'elle voulait « la justice, pas la vengeance ». Pendant près de 30 ans, cette ancienne ingénieure chimiste a sillonné avec son mari, sur leurs congés, puis durant leur retraite, les collines du Rwanda à la recherche de témoignages d'ex-tueurs, de prisonniers et de survivants. « C'était une grande personnalité. Je pense à sa famille. La justice perd quelqu'un de très important, une personne qui n'avait pas de limites quand il s'agissait de mettre les personnes qui ont commis le génocide contre les Tutsis devant la justice. C'était son sacerdoce et elle l'a fait jusqu'à son dernier souffle », a réagi au micro de RFI Christophe Renzaho, le président de la Communauté rwandaise de France. L'abnégation de Dafroza Gauthier a permis d'ouvrir une longue série de procès en France, le premier en 2014 avec celui de Pascal Simbikangwa, directeur du service de renseignement de l'ancien président Juvénal Habyarimana. Le couple Gauthier est à l'origine - avec le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qu'ils ont cofondé en 2001 - de la quasi-totalité des plaintes contre des Rwandais réfugiés en France et suspectés d'avoir pris part au génocide des Tutsi, qui fit plus de 800 000 morts d'avril à juillet 1994. À lire aussiRwanda : quand la parole répare les vivants