Retour à l'accueil / Podcasts / Revue de presse Afrique Vue d'ensemble d'un cratère à Kidal, le 14 mai 2026, causé par un bombardement aérien des Forces armées maliennes (FAMa). L'armée malienne a mené dans la nuit des frappes aériennes sur la ville de Kidal, dans le nord du pays, qui est sous le contrôle des séparatistes touaregs et de leurs alliés djihadistes depuis une offensive de grande envergure lancée le mois dernier, ont indiqué l'armée et des témoins le 14 mai 2026. AFP - - Les communiqués militaires se suivent et se ressemblent dans la presse malienne. L’accent est toujours victorieux et l’action des Forces armées maliennes (Fama) est portée aux nues. Dernier exemple en date, à lire sur le site Maliweb : « Dans le cadre de la poursuite de leurs missions de sécurisation du territoire national et de la lutte implacable contre le terrorisme à travers l’opération Dougoukoloko, les Fama, appuyées par leurs partenaires, ont mené lundi dernier avec succès de nouvelles actions de neutralisation de groupes armés terroristes, dans la région de Dioura dans le centre du pays. » Il s’agit d’une opération de représailles : jeudi 10 septembre, le camp de l’armée de cette localité de Dioura avait été attaqué par un groupe jihadiste. Plusieurs dizaines de militaires maliens et de combattants russes avaient été tués et plus de cinquante militaires avaient été faits prisonniers. Autre communiqué victorieux à lire sur le site Bamada, publié ce jeudi et qui concerne toujours cette région de Dioura : « les Fama poursuivent leurs opérations aéroterrestres avec rigueur, professionnalisme et détermination. » Et dans ce même communiqué, on peut lire : « l’État-Major général des Armées invite les populations à maintenir leur soutien et leur confiance aux forces engagées. » Au moins 25 % des morts sont des civils Justement, les populations civiles sont particulièrement exposées dans ce conflit. Elles sont en butte aux attaques des groupes armés mais elles sont aussi parfois victimes de l’armée régulière et des supplétifs russes. C’est ce que confirme une enquête publiée par Jeune Afrique. Durant plusieurs mois, le média panafricain et le site Bellingcat, avec la participation de l’ONG The Sentry, ont enquêté sur les frappes de drones menées par l’armée malienne et par les Russes d’Africa Corps. Au moins un quart d’entre elles font des victimes civiles. « C’est la face cachée d’une impitoyable reconquête », affirme Jeune Afrique. Comment cette enquête a-t-elle été menée ? « À partir d’une base de données de 60 frappes de drones et explosions, et en fonction de la disponibilité de preuves en sources ouvertes », le média panafricain et ses partenaires « ont reconstitué de manière indépendante douze d’entre elles. Images géolocalisées, vues satellite, débris de munitions ou témoignages humains ont permis d’évaluer les résultats de ces bombardements qui se veulent chirurgicaux et d’en déterminer le contexte. Un constat s’impose, relève Jeune Afrique : des civils ont été pris pour cibles de façon répétée, dans des opérations présentées par les autorités maliennes comme visant les groupes terroristes. Ainsi, précise le site, sur les douze frappes analysées dans notre enquête, nous avons recensé un total de 146 morts civiles. Rapporté à une période de trois ans (entre septembre 2023 et août 2026), ce bilan s’établit à 731 victimes civiles pour 199 frappes menées par les Fama et leurs alliés. » Punition collective ? Pour Jeune Afrique, on est en présence d’un « conflit asymétrique dans lequel les civils sont des victimes récurrentes. Éleveurs, orpailleurs et autres citoyens vaquant à leurs occupations sont régulièrement tués par des frappes dont il est difficile de déterminer l’intentionnalité, tant le secret entoure la décision de ciblage au sein du commandement malien. “Ce que l’on observe, c’est un élargissement considérable de la façon dont les autorités maliennes définissent ce qui constitue une cible légitime, leur permettant d’agir avec une forme d’impunité“, précise le chercheur Yvan Guichaoua. Une analyse partagée par un autre analyste senior, cité par le site : "les Fama et leurs partenaires semblent considérer les civils vivant dans des zones sous l’influence de militants ou de rebelles comme complices, appliquant ainsi une forme de punition collective dans laquelle la présence de civils ou leur association présumée avec des groupes armés sert à justifier des attaques". » Et Jeune Afrique de préciser avoir « contacté l’armée malienne pour lui faire part des conclusions de cette enquête. Nous n’avons pas reçu de réponse substantielle au moment de la publication, pointe le site. À l’instar de nombreux gouvernements, Bamako ne reconnaît jamais officiellement la mort de civils lors de ses bombardements. Mais, en privé, des officiers admettent des “bavures“ (…). » Poursuivez votre lecture sur les mêmes thèmes :